Renée Marguerite Dugué est née en 1755 dans le petit manoir de ses parents à Landivy. Elle n’a que seize ans lorsque son père décède, sa mère devient la tutrice de ses enfants mineurs et gère leurs biens. Neuf ans plus tard Renée Marguerite épouse Jean-Pierre Le Bansaie et le couple s’installe à la Maltière à Saint-Mars-sur-la-Futaie. Deux filles naissent : Jeanne et Angélique. En 1804, l’aînée se marie avec Charles Desvallées, elle a vingt ans. L’année suivante elle donne naissance à un premier enfant prénommé Charles comme son père.
Quelques mois plus tard, Renée Marguerite, âgée de cinquante ans, décide de prendre rendez-vous avec son notaire, Joseph Hossard à Landivy, pour faire rédiger et enregistrer son testament. Le 27 janvier 1806, à l’étude du notaire, elle est entourée de quatre témoins, habitant Landivy : Pierre Gallouin laboureur, Jean Degasne huissier public, Jean Baptiste Royer serrurier et Jean François Destais huissier de la justice de paix du canton.

« Par devant nous Joseph Hossard notaire public au
canton de Landivy département de la Mayenne pour
la résidence de Landivy y demeurant en présence du Sieur
Pierre Gallouin laboureur demeurant à la petite croix Jean
Degasne huissier public, Jean Baptiste Royer serrurier et
Jean François Destais huissier de la justice de paix du
canton demeurant séparément au bourg tous commune
de Landivy appellé pour témoin et être presents au
testament ci après jouissant de leurs droits civils […] »
Renée Marguerite Dugué est apparue saine d’esprit et ayant toute sa raison aux yeux du notaire et des témoins ; ses propos sont très sensés. En effet, elle considère que « la mort est certaine » mais qu’elle craint d’être surprise par celle-ci car « le moment est incertain ». Bien qu’elle ait deux enfants, elle souhaite que son mari puisse vivre plus aisément et, pour lui prouver son amitié, elle lui lègue ses biens. Elle souhaite qu’il organise ses funérailles et qu’il fasse dire des messes, le tout pour la somme de deux cents francs.

« […] Je recommande mon ame à Dieu à Saint rené
et Sainte Margueritte mes patrons que je prie
d’intercéder pour moi au près du tout puissant afin
que mon ame soit placée au sitôt qu elle sera séparée
de mon corps au nombre de celles bien heureuses
Je laisse à mon mary le soin de me faire dire
des messes et services autant qu’il voudra et dont il
y employera y comprenant les frais de mes funérailles
une somme de deux cents francs
quoique j’aye deux enfants je donne et legue à
jean pierre le bansaye mon mary en toute et pleine
propriété et jouissant * les portions de mes biens meubles
et de tout mes biens immeubles dont la loi me
laissele droit et liberté de disposer en quelques
endroits qu’ils soient situés qui m’appartiennent
présentement et qui m apartiendront à mon décès
pour lui en disposer à sa volonté propriétairement
sans pouvoir en etre empeché ni inquiété par mes
deux enfants où representant voulant que mon mary
demeure saisiet nantidu tout des l’instantde mon
déces.
*usufruitière […] «
Mais la vie en décide autrement. À la fin de l’année 1806, Jeanne accouche d’une fille dans sa maison de Landivy. L’enfant meurt quatre jours plus tard chez ses grands-parents à la Maltière. Jeanne ne survit pas à cet accouchement ; elle décède la veille de Noël. Après avoir enterré sa fille et sa petite-fille, Renée Marguerite voit mourir son mari au printemps suivant.
Charles Desvallées part pour la campagne de Russie en 1811 en laissant son fils à sa belle-famille ; il ne donna plus signe de vie.
Angélique, la seconde fille de Renée Marguerite, se marie avec un jeune cultivateur de Carelles.
Dix-huit ans après avoir fait son testament, Renée Marguerite s’éteint à la Maltière. L’histoire ne dit pas si ses héritiers, Angélique et son petit-fils Charles, ont dépensé les 200 francs prévus pour les funérailles et les messes pour le repos de son âme. Mais ils héritent des quelques biens de Renée marguerite à Landivy et à Saint-Mars-sur-la-Futaie, comme on peut le lire sur la table de succession du bureau de Gorron.

| 171 | Dugué | Renée | Ve Lebansais | St Mars sur la Futaie | 13 avril 1824 | Angélique LeBansais femme Pierre Goyet et Charles Jean Desvallées demeurant à Carelles |

| Meubles et effets terres de betses à Landivy un tallis et portion de pré en Saint Mars sur la Futaie | 354 14870 | 15 7bre |

Sources :
Archives départementales de la Mayenne : https://archives.lamayenne.fr/
Registres paroissiaux et d’état civil
Actes notariés : 3 E 54/194
Tables de successions du bureau de Gorron : 129 Q 12
Fonds de photographes : fonds Robert Lebeurier, ferme du Guérangeot, 42 Fi 391
Archives départementales de l’Ille-et-Vilaine : https://archives.ille-et-vilaine.fr/
Registres paroissiaux et d’état civil
