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Les cloches de l’église de Viviers-en-Charnie (2)

Nouvelle église, nouvelles cloches

En ce début de XXème siècle, Gervais Pirault est toujours le curé de la paroisse de Viviers-en-Charnie et exerce en l’église Saint-Léger. Cette dernière, d’après les écrits de l’instituteur du village dans la monographie communale de 1899 est « sans aucun ornement extérieur » et les statues à l’intérieur sont anciennes et « n’offrent que peu d’intérêt historique ». Datée du XIIIème siècle, le chœur est aussi large que la nef, et au milieu du toit s’élève le clocher, à base carrée. L’édifice religieux est démoli pour faire place à une nouvelle église construite entre 1904 et 1906.
C’est l’architecte Louis Garnier, inspiré par la chapelle Saint-Joseph-des-Champs, qui est chargé de la construction. Les murs sont en moellon chaînés de pierre de taille en calcaire marbrier. la toiture est en ardoise surmonté d’un clocher qui ne sera achevé qu’en 1909.
Le curé Pirault n’entendra pas sonner les nouvelles cloches de l’église puisqu’il décède le 19 mai 1908 après avoir servi à Viviers-en-Charnie pendant quarante ans
Le 22 février 1910, Mgr l’évêque de Laval bénit trois cloches pour la nouvelle église. Deux de ces cloches sont représentées sur des cartes postales : Albertine, Louise, Élisabeth, Marie de 300 kg sonne en si et Immaculée, Jule, Jeanne d’Arc, Léontine, Gervaise de 613 kg sonne en sol. Les deux ont pour parrain Marie-Achille Delogé, nouveau curé de Viviers-en-Charnie, la première a pour marraine Marie Dreux et la seconde Cécile Dumez.

Ces deux cloches sont l’œuvre de la fonderie Amédée Bollée du Mans, une famille qui réussira sa reconversion dans l’automobile.

Sources :
Archives Départementales de la Mayenne :
-Dénombrements de Viviers-en-Charnie : cote 6M460 [1881-1936]
-État civil de Viviers-en-Charnie : cotes 4 E 315/15 [1881-1890], 4 E 315/16 [1891-1900], 4 E 315/17 [1901-1910]
-Iconographie: cotes 5 Fi 241/9, 5 Fi 241/10
-Monographie communale de Viviers-en-Charnie 1899 : cote MS 80/9-10
Bibliothèque nationale de France :
-La Gazette de Château-Gontier du 31 mai 1908 page 2
-Journal officiel de la République française. Lois et décrets du 19 septembre 1906 pages 6382 et 6383
Bibliographie-Sitographie
-ANGOT Alphonse Abbé, GAUGAIN Ferdinand. Abbé, Dictionnaire historique, topographique et biographique de la Mayenne, tome IV(supplément), 1909.
-www.patrimoine.paysdelaloire.fr

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Les cloches de l’église de Viviers-en-Charnie (1)

Le glas, la cloche des morts

Église Saint-Léger à Viviers-en-Charnie (53)

Le glas est la sonnerie de cloche signalant la mort ou les obsèques d’une personne, le son est lent et peut durer plusieurs minutes. Mais depuis quelques temps les habitants de Viviers-en-Charnie, village mayennais d’environ 900 âmes, viennent régulièrement se plaindre au maire, Stanislas Mauny, que tous les défunts ne sont pas traités de la même manière lors des cérémonies funéraires dans l’église Saint-Léger. En effet un courrier du 14 juin 1871, adressé au préfet de la Mayenne par le maire relate les faits reprochés au curé du village :

Recto :
« Viviers-en-Charnie, le 14 juin 1871
Monsieur Le Préfet
Depuis mon arrivée à Viviers, les habitants viennent
continuellement se plaindre, de la manière dont Mr le curé
agit à leur égard.
Depuis longues années, pour l’enterrement des pauvres de
la commune, aussi bien que pour les familles riches, les deux
cloches sonnaient sans distinction de rang. Monsieur le
Curé, Depuis ce mois environ, a cru devoir réformer les
anciennes habitudes et ne sonner qu’une cloche pour l’enterre-
ment des Malheureux. Ces derniers viennent journellement
se plaindre de ce que je ne demande pas d’explications à
Monsieur le Préfet, à ce sujet. Selon moi Mr le
Curé aurait dû continuer les anciennes habitudes, et
la manière d’agir de son prédécesseur.
Ne voulant pas être en désaccord avec les habitants de
ma commune, je viens vous prier, Monsieur Le Préfet, de
me prêter votre concours, et de m’autoriser, ou du moins de
prier Mr Le Curé, d’agir envers les pauvres, comme il le

Verso :
faisais anciennement, c’est à dire il y a environ 6 mois
comptant que vous donnerez plein droit à ma
réclamation.
Recevez, Monsieur Le Préfet, les sincères
salutations de celui qui a l’honneur d’être
Votre très humble et obéissant serviteur,

Le maire de Viviers
Mauny »

Stanislas Mauny, né à Torcé-en-Charnie en 1834, exerce la fonction de maire depuis 1865. Il est rentier et habite dans le bourg au château du Verger. Marié avec Marie Barnier en 1870 à Privas, il y est recensé en 1872. Il semble que Stanislas Mauny fasse des aller-retours entre ses deux résidences.
Le curé Gervais Pirault est originaire de Bourgon, fils de cultivateur, il est ordonné prêtre en 1854 à l’âge de 28 ans. Après avoir été vicaire à Saint-Pierre-la Cour et Vautortes, il devient curé de Viviers-en-Charnie en 1868 suite au départ de son prédécesseur vers une autre paroisse.

La réponse du préfet ne se fait pas attendre, elle est datée du 16 juin et s’adresse directement au curé de la paroisse :

« Laval, le 16 juin 1871
Monsieur le Curé, (de Viviers en Charnie)
Il résulte de réclamation qui me sont adressées,
que, contrairement aux usages suivi par vos
prédécesseurs, une seule des deux cloches de Viviers
-en-Charnie sonnerait à l’occasion de l’enterrement
des malheureux de cette paroisse.
Je vous serai reconnaissant, M. le Curé, de
vouloir bien me faire connaître si les
réclamations dont il s’agit sont fondées »


S’en suit des échanges de courrier entre le curé, appuyé par l’évêque de Laval, et le préfet.

Extrait du courrier de l’Évêque Casimir Wicart au Préfet daté du 26 juin
« […] en établissant une différence quant à la
sonnerie des cloches, entre les diverses classes de
sépulture, cet ecclésiastique n’a fait que se
conformer à l’usage général du Diosèce […] »

Courrier du curé adressé le 27 juin au Préfet de la Mayenne






«  Monsieur le Préfet,

Je pourrais opposer une plainte très fondée
à celle qui vous a été indûment adressée contre moi.
Mais j’aime mieux me borner à rétablir, dans toute sa
vérité, le fait contre lequel on a réclamé.
Il existe, pour l’usage du diocèse, un tarif des droits
casuels approuvé par le gouvernement. Ce tarif établit
quatre classes de sépultures. Comme chacune de ces classes
se distingue par le degré de pompe qui lui est attribué
il a paru aussi naturel que légitime de faire à Viviers
ce qui, avec l’approbation de Mgr de Laval, s’est fait
partout ailleurs, c’est-à-dire régler la sonnerie des cloches
sur le degré de la solennité des sépultures.
J’ai l’honneur d’être, Monsieur le Préfet
avec profond respect
votre très humble serviteur
Viviers 27 juin 1871
Pirault, curé »

Le 27 juin, la préfecture répond au maire de Viviers en approuvant les écrits de l’évêché de Laval. Le maire ne semblait donc pas connaître les conventions quant à la cérémonie religieuse de l’enterrement de la plus basse classe, celle réservée aux indigents dispensée gratuitement par l’église.
Dix ans plus tard, le maire décède à Paris âgé de 46 ans, il est enterré auprès de sa femme au cimetière du Père Lachaise. Le jour de son décès, le curé Pirault a-t-il demandé au sacristain, François Richet, de sonner le glas pour annoncer son décès à ses administrés?

Sources :
Archives Départementales de la Mayenne :
-Dénombrements de Viviers-en-Charnie : cotes 6M459 [1841-1876], 6M460 [1881-1936]
-État civil de Viviers-en-Charnie : cotes 4 E 315/13 [1861-1870], 4 E 315/14 [1871-1880], 4 E 315/15 [1881-1890]
-État civil de Torcé-en-Charnie : cote 4 E 305/12 [1831-1840]
-État civil de Bourgon : cote E dépot 32/E12 [1823-1827]
-Sonneries de Cloches : cote 2 V 53
Archives de Paris :
-État civil de Paris 11ème arrondissement : cote V4E 4057 [05/1881-08/1881]
-Registre journalier d’inhumation du cimetière du Père Lachaise : cote CPL_RJ18801981_02 [1881]
Bibliothèque nationale de France :
-La Gazette de Château-Gontier du 31 mai 1908 page 2
-Journal officiel de la République française. Lois et décrets du 19 septembre 1906 pages 6382 et 6383

La transmission des armoiries

L’origine de l’héraldique provient des emblèmes ou armoiries des combattants de tournois médiévaux qui devaient être reconnus par les hérauts lorsqu’ils les décrivaient en début de combat. Ceux-ci veillaient à faire respecter les règles de combat mais aussi à répertorier les blasons personnalisés. Ensuite les armoiries servirent à l’ identification des documents grâce aux sceaux et aux bagues gravées à cacheter, à décorer certains objets du quotidien ou les demeures autant à l’extérieur (blason gravées sur la pierre) qu’à l’intérieur en les représentant peintes sur les murs. Bref, le blason est une façon de signer ce qui nous appartient, une décoration, une marque pour l’artisan, c’est une création personnelle représentant des valeurs.

Arcade au dessus du gisant de Charles Ier de Croÿ, collégiale de Chimay

Le langage héraldique répond à des codes et un vocabulaire précis permettant à tous de reproduire un blason sans contrainte artistique, seule la description du blason doit être respectée. La forme du blason est géométrique (comme un bouclier) pouvant être écartelé (partition) ou séparé par une autre pièce géométrique (chevron, croix…), il est décoré de figures qui sont appelées meubles (animaux, végétaux, objets…) dont les places sont libres.
Suivant sa représentation, le blason sera coloré de blanc ou de jaune (des métaux correspondant à l’argent et l’or) et de couleurs : azur, gueules (rouge), sinople (vert), sable (noir), naturel (couleur naturelle de l’élément représenté). En gravure ou représentation dichromatique, les écus et meubles sont hachurés de différentes manières pour codifier les émaux, la seule règle étant de ne pas superposer deux métaux ou deux couleurs.

Les blasons sont transmissibles de génération en génération, la famille de Croÿ, attachée à la principauté de Chimay en Belgique possède un blason :

D’argent, à trois fasces de gueules
Le fond du blason est blanc (d’argent),séparé par 3 bandes horizontales (fasces) rouges (de gueules)

Armes primitives de la famille de Croÿ au XIIIème siècle

Le blason de la famille de Croÿ figure en tête de ces illustrations du château de Chimay et du village d’Anor dans l’Avesnois : gouaches sur parchemin réalisées entre 1598 et 1602 par le peintre Adrien de Montigny, issues des albums commandés par Charles II de Croÿ.

Cet écu va s’enrichir au cours des siècles par l’ajout des blasons des épouses ou la modification par des descendants souhaitant le personnaliser.
La généalogie suivante montre différentes possibilités de variations (brisures) tout en conservant la représentation primitive de la famille de Croÿ, qui transmet son blason en même temps que son patronyme.

Jean de Croÿ a assemblé le blason de ses parents pour fonder le sien, en même temps qu’il fonde la Maison de Croÿ-Renty :
Écartelé : aux 1 et 4, d’argent, à trois faces de gueules ; aux 2 et 3, d’argent à trois doloires de gueules, les deux du chef adossées.

Jean II de Croÿ, 3ème , fils du précédent et de Marguerite de Craon a utilisé les armes de la famille de son grand-père maternel : un écu écartelé au premier et dernier losangé d’or et de gueules qui est de Craon, au deuxième et troisième d’or au lion rampant de sable qui est de Flandre. Cet écu lui a été transmis de sa mère en inversant les places des armes des de Craon avec celle de Flandre. Il a été placé au centre de celui de la famille de Croÿ-Renty :
Écartelé: aux 1 et 4, d’argent, à trois fasces de gueules (de Croÿ) ; aux 2 et 3, d’argent, à trois doloires de gueules, les deux du chef adossées (de Renty); sur le tout écartelé, aux 1 et 4, d’or au lion de sable (de Flandre) ; aux 2 et 3, losangé d’or et de gueules (de Craon)
Chevalier de la Toison d’Or (1430), Grand Bailly du Hainault de 1434 à 1456, il rachète la seconde part de Chimay au Duc de Bourgogne en 1445, Jean II de Croÿ devient comte de Chimay en 1473.

Le fils de Jean II, Philippe de Croÿ, comte de Chimay, Grand Bailly du Hainault, Chevalier de la toison d’Or (1473) prend les armes de son père, qu’il transmet à sa mort à son fils aîné Charles en 1483. Le blason n’a pas été modifié pendant deux générations.

En 1486, Charles de Croÿ devient le premier Prince de Chimay en récompense à sa fidélité envers Maximilien d’Autriche. Il est fait Chevalier de la Toison d’Or en 1491. Il agrémentera le blason familial d’une bordure azur, ses armes se blasonnent ainsi :
Écartelé: aux 1 et 4, (de Croÿ); aux 2 et 3, de (de Renty); sur le tout écartelé, aux 1 et 4, (de Flandre) ; aux 2 et 3 (de Craon) les armes brisées d’une bordure d’azur chargée de douze besants d’argent.

Charles de Croÿ a eu en 1502 de son mariage avec Louise d’Albret une fille Anne qui épousa son cousin Philippe de Croÿ, Sire de Croÿ, Chevalier de la Toison d’Or. A la mort de son beau-père, il devient le 2ème Prince de Chimay et Philippe II de Croÿ repris les armes de la Maison de Croÿ :
Écartelé : aux 1 et 4, d’argent, à trois faces de gueules ; aux 2 et 3, d’argent à trois doloires de gueules, les deux du chef adossées.

Ces armes sont transmises à Charles II de Croÿ, fils de Philippe II de Croÿ, qui n’a pas de descendance.

Cet arbre montre qu’il y a une grande liberté dans l’évolution du blason familial, les femmes ne le brisant pas systématiquement avec leur blason et les descendants n’apportant que de légères modifications, il est dans ce cas facile d’identifier la lignée. Mais ce n’est pas toujours aussi simple lorsqu’il faut faire la généalogie ascendante d’un blason comme celui-ci :

Blason de la famille de Croÿ-Solre :
Écartelé : au 1 et 4, contre-écartelé a) et d) d’argent, à trois fasces de gueules (de Croÿ), b) et c) d’argent, à trois doloires de gueules, les deux du chef adossées et posées l’une en bande, l’autre en barre, celle de la pointe posée en bande (de Renty) ; au 2, contre-écartelé a) et d) d’azur, à trois fleurs-de-lis d’or (de France), b) et c) de gueules plein (d’Albret), sur le tout d’hermine (de Bretagne); au 3, contre-écartelé a) et d) d’or au lion de sable (Flandre), b) et c) losangé d’or et de gueules (Craon). Sur le tout de l’écusson écartelé de Croÿ et de Renty.

Sources iconographiques :

Extraits des « albums de Croix » d’Adrien de Montigny commandés par Charles de Croix : gouaches sur parchemin (50x40cm) reliées en album-1598 à 1602 – Tome 1 : Couverture et Le Château de Chimay, Tome 2 : Le villaige Davnort 
« Messire Jean de Croÿ Seigneur de Tour sur Marne », Feuillet recto et verso-DURIEZ, Le Blason des Armoiries de tous les chevaliers de l’Ordre de la Toison d’or depuis la première institution, jusques à présent (283 dessins) : aquarelles Duriez 1828
« Messire Philippe de Croÿ Comte de Chimay», Feuillet recto et verso-DURIEZ, Le Blason des Armoiries de tous les chevaliers de l’Ordre de la Toison d’or depuis la première institution, jusques à présent (283 dessins) : aquarelles Duriez 1828
« Messire Charles de Croÿ Prince de Chimay. Viscomte de Limoges », Feuillet recto et verso-DURIEZ, Le Blason des Armoiries de tous les chevaliers de l’Ordre de la Toison d’or depuis la première institution, jusques à présent (283 dessins) : aquarelles Duriez 1828
« Messire Philippe de Croÿ Duc d’Arschot, Prince de Chimay, Comte de Porcean et de Sinneghen. », Feuillet recto et verso-DURIEZ, Le Blason des Armoiries de tous les chevaliers de l’Ordre de la Toison d’or depuis la première institution, jusques à présent (283 dessins) : aquarelles Duriez 1828
« Blason de la famille de Croÿ-Solre » : Image réalisée par Jimmy NICOLLE, Montbert, pour le projet Blasons du wikipédia francophone
Armoiries de Croy, de Renty, de Craon, de Lalaing : Emmanuelle Decrand avec les logiciels Héraldique et Inkscape-2019

Bibliographie :
ARCHASAL, Pierre-Valéry, L’ABCdaire de la Généalogie, Paris, Flammarion, 2000, « collection L’ABCdaire », 119 pages.
Armorial de l’Europe et de la Toison d’or, manuscrit ayant appartenu au Marquis Antoine René d’Argenson, 1401-1500, 167 feuillets Bibliothèque de l’Arsenal, Ms-4790 réserve.
DE COURCELLES, Jean Baptiste, Histoire généalogique et héraldique des pairs de France…,Volume 8, Paris,1828,30 pages [p 11-16,36-49, 57-88] 
DURIEZ, Le Blason des Armoiries de tous les chevaliers de l’Ordre de la Toison d’or depuis la première institution, jusques à présent (283 dessins) : aquarelle Duriez 1828
PASTOUREAU, Michel, Figures de l’héraldique, Paris, Gallimard, 1996, « collection découverte », 144 pages.
PASTOUREAU, Michel, Couleurs, image, Symboles, Études d’histoire et d’anthropologie, Paris, Le léopard d’Or, après 1987, 291 pages.
PASTOUREAU Michel, Simonnet Dominique, Le petit livre des couleurs, Paris, Points – Édition du Panama, 2005, Collection « Points Histoire »




La chapelle Saint-Benoît d’Anor

Chapelle de 1887, située rue Gabriel Péri à Anor (59)-Photo de 2017

En 1860, le couple César Culot et Virginie Daubercies achète une maison et des pâturages au lieu dit Saint-Gorgon de la commune d’Anor dans le Nord (parcelles 1,2 et 3 du plan cadastral d’Anor de 1823). L’année suivante naît un fils qu’il prénomme Cézar, ce sera leur unique enfant.

A vingt ans Cézar Culot, employé de commerce, se présente pour le recensement militaire, il est de la classe 1881. Depuis 1818, le recrutement militaire se fait par engagement et tirage au sort. Le conseil de révision consiste à évaluer le conscrit physiquement et intellectuellement. A partir de 1867 une fiche de matricule est établie, regroupant les informations collectées comme le signalement : Cézar a les cheveux châtains et mesure 1 mètre et 68 centimètres. Ensuite la fiche sert à inscrire la carrière militaire des conscrits.
La procédure de tirage au sort permet d’affecter à chaque conscrit un numéro. La liste ordonnée de ces numéros sert à appeler les jeunes au service militaire en fonction des besoins de l’armée, les numéros les plus faibles étant appelés les premiers. Cézar est « bon pour le service » ce qui est important dans sa vie future pour ne pas être suspecté de mauvaise santé. Mais il tire le numéro 12, il est dans la première partie de la liste de recrutement. Pour échapper à l’appel, il peut se faire remplacer. Le remplaçant négocie avec l’appelé et sa famille une compensation financière en échange de son engagement. Ce ne sera pas le choix de Cézar et sa famille.
A la fin de l’année 1882, Cézar Culot part pour Cherbourg dans l’Infanterie de Marine. Il devient rapidement caporal et en mai 1884 il embarque pour Madagascar. Six mois plus tard, suite à la prise du fort d’Ampasibadzin, occupé par les Hovas, Cézar est déclaré disparu. Il faudra attendre le jugement du tribunal civil d’Avesnes du 9 mars 1888 pour officialiser son décès.

Fiche de matricule 1038 classe 1881, bureau d’Avesnes. Archives départementales du Nord, cote 1 R 1971

Entre temps ses parents ont fait construire une chapelle sur leur terrain au bord de la route qui mène à Fourmies, dédiée à Saint Antoine patron des marins, Notre Dame de la Délivrance et Saint Benoît pour conjurer le mauvais sort. D’une surface d’environ 5 m², elle est faite en brique jointoyée à la chaux. La couverture est constituée d’ardoises de Fumay, violacées, posées sur un voligeage en bois. Les solins servant à l’aménagement des angles de la toiture sont faits en plomb. Une croix surplombe la boule de pierre bleue posée en épi de toiture sur la pointe de façade. Dans la 2ème moitié du XXème siècle, des lambrequins de bois, finement travaillés sont posés au-dessus de la façade devant les ardoises de rive.
La porte d’entrée, en métal peint de couleur claire, est ornée de ferronneries ajourées permettant une ventilation de l’intérieur de la chapelle et un éclairage naturel, ainsi que les deux fenêtres latérales. A l’intérieur de l’édifice, le sol est fait d’un carrelage en damier noir et blanc, les murs sont enduits de chaux blanche. Le retable et l’autel sont en chêne, sur ce dernier sont disposés diverses statuettes religieuses dont celles des saints évoqués précédemment.

César Culot décède en 1896, regrettant certainement de ne pas avoir fait remplacer son fils pour le soustraire à l’incorporation. En 1902, sa veuve vend leur propriété à Amédé Basquin et sa femme Marie Delmaire. Le couple a un fils unique, Camille, qui est appelé en août 1914. L’histoire se répète : quelques semaines plus tard, Camille manque à l’appel. Il faudra plusieurs années pour qu’il soit officiellement déclaré décédé.
Marie Delmaire entretiendra la chapelle de Saint-Benoît jusqu’à son décès en 1949. Restaurée en 1997 par l’association anorienne « Amis des Chapelles », elle appartient aujourd’hui à la commune d’Anor.

1948 – Marie Delmaire

Sources :

  • Archives départementales du Nord.
  • Documents de la famille Basquin-Delmaire.
  • Documents personnels de Jean-Jaques Guichard, président le l’association « Amis des Chapelles ».
  • Diagnostic du Bâti de la chapelle établi en 2017 par Emmanuel Cazier, chargé de mission Habitat Durable et Patrimoine Bâti au Syndicat Mixte du Parc Naturel régional de l’Avesnois.

Les cousins Poilus d’Anor

Ils étaient cinq cousins germains nés dans le même village à participer à la Grande Guerre

Identification des personnes, de la date et du lieu à partir d’une photographie :
André Sautières est à gauche. Au moment de la photo il n’est plus dans l’armée active mais dans le 2ème COA (Commis et Ouvrier d’Administration). Le chevron sur sa manche droite signale le fait qu’il a été blessé. Ce qui correspond à sa situation entre Septembre 1915 et Aout 1917 car il n’est encore que caporal (comme l’indique les deux traits en bas de la manche).

Maurice Perrine est au milieu. Il a quitté l’armée active suite à sa seconde blessure en Novembre 1914. Le fait qu’il soit assis laisse à penser qu’il n’ait pas encore tout à fait remis de sa blessure.

Paul Daubercies est à droite. Son uniforme porte au moins 3 chevrons à la manche gauche ce qui indique qu’il est au front depuis au moins 18 mois. Le numéro de son régiment est le 10 comme le 10 RAP. Il n’a pas encore la blessure au maxillaire. Ce qui correspond à sa situation entre janvier 1915 et juillet 1916.

Conclusion : Photographie sans doute du printemps 1916 en région parisienne avec de gauche à droite André Sautières, Maurice Perrine et Paul Daubercies. Trois cousins germains de Camille Basquin et Camille Lebaloue, Morts pour la France.

Enquête réalisée par V. Dionnet

Tombe de Camille Lebaloue et Camille Basquin – Cimetière d’Anor

Marie, bagnarde mayennaise en Guyane

Marie est née en septembre 1851 à La Chapelle-Rainsouin : c’est la deuxième enfant d’un couple de cultivateur Mathieu Lefaucheux et Madeleine Legrand. Après s’être installée à Montsûrs, la famille s’agrandit de cinq autres enfants. Marie n’a pas vingt ans lorsque sa mère décède. Aidé par ses aînés, le père continue d’exploiter la ferme. Le 3 mars 1875, Marie met au monde une fille nommée Léontine. Mais le père de l’enfant ne s’est pas fait connaître et c’est son grand-père qui déclare sa naissance à la mairie. Le lendemain matin, Mathieu décède, laissant seuls ses enfants, la dernière n’a que douze ans. Ils vont continuer à travailler les terres de la ferme de Montsûrs mais rapidement chacun d’eux poursuit sa vie indépendamment des autres.
Marie place sa fille en nourrice et se fait engager comme domestique dans un hôtel à Laval, puis, elle travaille chez un plâtrier rue du théâtre. La jeune femme est de nouveau enceinte et accouche seule dans la maison de son maître dans la nuit du 7 au 8 août 1879. L’enfant est en vie mais Marie l’étouffe et après avoir gardé son cadavre quelques jours dans sa chambre, elle l’enveloppe de vêtements et le jette dans la Mayenne. Plus tard des pêcheurs font une funeste découverte. L’enquête mène rapidement à Marie qui après avoir nié, avoue le crime suite à l’examen d’un médecin. Le procès s’ouvre à l’automne de la même année. Marie n’explique pas son geste et dit n’avoir été ni conseillée ni aidée de personne, et que son employeur n’était pas au courant de sa grossesse. Le 22 octobre 1879, elle est condamnée à huit ans de travaux forcé

Jusqu’en 1885 les femmes peuvent choisir de partir à Cayenne ou en Nouvelle-Calédonie. C’est un mode d’exécution de la peine des travaux forcés appelé la transportation. D’abord incarcérée à la prison de Rennes, Marie embarque sur « Le Penseur » au port de Nantes le 5 janvier 1881. Après quarante jours de navigation, elle débarque en Guyane et est internée aux Îles du Salut.
Les Îles du Salut sont un archipel de trois îlots nommés île Royale, île Saint Joseph et île du Diable. Chacune d’elle a sa spécificité : on trouve sur la première l’administration, l’hôpital, l’embarcadère et les dépôts de marchandises. La seconde est réservée aux détenus les plus difficiles qui n’avaient pas le droit de parler et la troisième pour les détenus politiques ou de droits communs. C’est le bagne réputé le moins dur de Guyane, même si les conditions de détention sont humiliantes : les cellules sans toit, remplacé par une grille, permettent aux gardes situés au dessus d’épier tous les faits et gestes des détenus.

Marie ne reste pas sur ces îles car comme les autres femmes, son destin est de peupler la colonie. Pour cela les femmes débarquent munies des papiers nécessaires à leur future union. Elles sont confiées à la garde des Sœurs de Saint-Joseph de Cluny dans un dépôt nommé couvent. Outre la couture et les tâches domestiques, les bagnardes s’occupent aux travaux agricoles et les plus robustes sont choisies comme épouses. Les hommes, à l’expiration de leur peine, sont astreints au doublage : ils doivent rester sur le territoire Guyanais autant de temps que la durée de leur condamnation si celle-ci ne dépasse pas huit ans, sinon leur retour en métropole n’est pas possible. Ils peuvent alors s’installer dans une commune pénitentiaire comme Saint-Laurent-du-Maroni ou se voir confier une concession à défricher. Certains d’entre eux demandent alors à prendre une épouse, et l’administration se charge d’arranger un mariage. Après une première visite, accompagné d’un surveillant, l’homme fait son choix parmi les femmes sélectionnées. De plus une seconde entrevue sans témoin directe permet au couple de confirmer leur souhait.

Le 8 janvier 1884, Pascal Ferréa épouse Marie Lefaucheux en la mairie de Saint-Laurent-du-Maroni. Les témoins de ce mariage sont des gardiens. Aucun des époux n’a purgé sa peine. Pascal Ferréa est libérable en juin 1884 : il est menuisier et Marie exerce le métier de couturière. L’année suivante, en août Marie met au monde son troisième enfant. Pascal se rend le jour même déclarer la naissance à la mairie et nomme son enfant Jeanne Marie Aimée. Bien que libérable à l’automne 1887, Marie bénéficie d’une remise de peine le 14 juillet 1886. Le couple est libre mais contraint de rester à Saint-Laurent-du-Maroni pour effectuer le doublage. Cinq ans et demi plus tard, Pascal décède à l’hôpital : Marie reste seule pour élever sa fille.
Le dossier de Marie n’a pas été conservé, et son lieu de décès est encore inconnu. Rien ne permet de dire si elle est revenu en métropole, mais sa fille Jeanne s’est mariée dans l’Aisne en 1906. Quant à Léontine, sa fille aînée, elle a vécu en région parisienne. L’histoire ne dit pas si les deux sœurs se sont rencontrées.

Sources :
– Archives départementales de la Mayenne : Recensements – État civil
– Archives nationales d’outre-mer : Registres des matricules – État civil
La Gazette de Château-Gontier du 26/10/1879
Le Petit Marseillais du 10/06/1874
– ZACCONE, Pierre. Une haine au bagne publication. 1964. Editeur Paris : Victor BUNEL
– MALTE-BRUN, Victor-Adolphe. Notice sur la transportation à la Guyane française et à la Nouvelle Calédonie (1866 et 1867)
– BOUYER, F. La guyane française : notes et souvenirs d’un voyage. 1867. Paris Hachette
– SANCHEZ, Julien-Lucien. Crime,Histoire & Sociétés Vol.17, N°1 2013- La relégation des femmes récidivistes en Guyane française (1887-1907). pages [77-100]
– CASTIEAU, Léa. DOBROS, Anne-Laure. Focus Saint-Laurent du Maroni au temps du bagne. Service patrimoine, avril 2012. Relecture novembre 2018.

#challengeuprog2022 Février : « un bagnard »

L’estaminet Basquin-Delmaire

Maire Delmaire, née en 1853 à Busigny, épouse Amédé-Camille Basquin le 13 mars 1881 à Anor dans le Nord. Issus de familles nombreuses, les Delmaire comme les Basquin sont tisseurs de père en fils, Marie a élevé ses frères et sœurs après le décès de leur mère. Le couple s’installe dans le quartier Saint- Gorgon où naît leur fils unique Camille en 1884.
Quelques années plus tard la famille s’installe rue du Marais dans le village d’Anor. C’est une maison à étage avec un jardinet donnant sur l’Anorelle. Le couple ouvre un estaminet au rez-de chaussée. Un estaminet est un débit de boisson dans le Nord de la France, on y sert essentiellement de la bière ou des boissons apéritives comme celle de la marque Dubonnet, on peut y vendre du tabac et organiser des jeux traditionnels.

Extrait du cadastre napoléonien 1883 d’Anor -AD 59-P31/648

Marie Delmaire sert les clients pendant que son époux continue à travailler aux tissages Dolez. L’estaminet est situé en face de la filature Boulet, à coté d’une brasserie, en débauchant les ouvriers s’y arrêtent pour se distraire après une journée de travail interminable dans le bruit et la chaleur. C’est un endroit où ils peuvent discuter de leurs conditions de travail, s’informer en lisant le journal, jouer aux cartes et c’est aussi le lieu où se réunissent les associations pour y tenir leurs assemblées. Les femmes fréquentent peu les estaminets mais elles savent dans lequel trouver leur mari.
Le 11 juillet 1897, le Journal de Fourmies publie le programme de la fête nationale à Anor, parmi les diverses animations, le jeu de petite boule chez Basquin pour le 1er prix (un jambon), le règlement du jeu est affiché car les règles diffèrent d’un village à l’autre, mais le principe est le même : il s’agit de lancer des boules de bois le plus près possible d’une cible. D’autres articles de ce même journal nous apprennent que le couple Delmaire-Basquin participe aux différentes fêtes du village d’Anor comme les ducasses du mois de juin ou les bals.

Les boulistes d’Anor devant l’estaminet avant 1914-En haut à gauche dans l’ouverture de la porte, on distingue une publicité Dubonnet, célèbre boisson apéritive

Camille a obtenu son certificat d’étude et après son apprentissage de ferblantier il part faire son service militaire à Paris. Ses parents prennent en pension un ouvrier qui occupe une chambre de la maison de la rue du Marais. Lorsque la Grande Guerre éclate Camille, marié et père de trois enfants, est mobilisé. Ses parents continue à tenir l’estaminet pendant l’occupation et à aider leur belle-fille dans l’éducation de leurs petits-enfants.
Après la guerre, le couple se retire dans leur maison de St Gorgon, leur fils Camille a été tué au combat. L’estaminet de la rue du Marais redevient une simple habitation.

#challengeuprog2022 Janvier : « un commerce »