Généalogie : votre ancêtre a-t-il été incarcéré?

Le registre d’écrou : l’enregistrement du prisonnier

Le registre d’écrou consigne obligatoirement l’arrivée de toute personne dans un établissement pénitentiaire, dans un registre correspondant à sa catégorie pénale et selon un ordre numérique croissant. Chaque transfert, qu’il ait lieu d’un quartier à un autre au sein du même établissement ou d’une prison à une autre, entraîne l’établissement d’un nouvel écrou. Le registre mentionne le numéro d’écrou initial et le numéro d’écrou en cours. Il comprend des fiches retraçant l’identité et le suivi administratif des détenus, notamment leur nom, leur prénom et les changements intervenus dans leur situation. Ces fiches peuvent également comporter des informations relatives au signalement physique et aux vêtements du prévenu ou du condamné.
Le chef d’établissement veille à la légalité de la détention des personnes incarcérées ainsi qu’à la libération de celles qui peuvent l’être.
Les registres d’écrou constituent les archives des prisons. Ils sont conservés par les Archives départementales du lieu où se situe l’établissement pénitentiaire, en série Y. Leur délai de communicabilité est fixé à 50 ans.

Comment retrouver son ancêtre dans un registre d’écrou

Pour savoir si votre ancêtre a été incarcéré, les deux principales sources sont la fiche matricule militaire et la presse ancienne.
Prenons l’exemple de François Lehay, né à Livet en Mayenne, en 1880. Le jeune homme commence à voler à l’âge de 15 ans, comme nous pouvons le constater dans un article du journal « La Mayenne » du 13 juillet 1895. Le père de l’adolescent demande à ce que le jeune François soit enfermé en maison de correction.

La Mayenne du 13 juillet 1895 page 3

La presse d’Indre-et-Loire nous apprend qu’en août 1898, le jeune homme et 3 autres comparses se sont évadés de la colonie de Mettray, un camp de redressement par le travail agricole. Ils ont commis des vols d’argent et de vêtements.
François est retrouvé en Mayenne 3 semaines après son évasion. Il est conduit à la maison d’arrêt de Tours par un gendarme lavallois.

Registre d’écrou de la maison d’arrêt de Tours 1898 – page gauche – Archives départementales de l’Indre-et-Loire cote 2Y289 vue 58.

La page gauche du registre d’écrou de la maison d’arrêt informe sur l’identité du prévenu. Son signalement, les marques particulières comme les cicatrices sont décrites par des signes ou abréviations issus de la méthode Bertillon. Ainsi, la couleur de l’iris des yeux de François est précisément décrite : « c.j.m.az.cl ». Cela signifie que l’iris est bleu azur clair, cerclé de jaune moyen. François Lehay avait une cicatrice de 1,5 cm, oblique interne, à la 2ème phalange du pouce gauche. À son arrivée, il est vêtu d’un chapeau en feutre, d’une chemise de couleur, d’un veston noir, d’un pantalon gris et d’une paire d’espadrilles.
La troisième colonne décrit les circonstances de l’arrivée de François Lehay. Il arrive le 24 septembre 1898, suite à l’ordre délivré par le juge d’instruction le 29 août pour vol, accompagné par le gendarme Pottier de Laval. Le mandat de dépôt est transcrit :
« Juge d’Instruction près le tribunal de Tours
Ordonnons à tous huissiers ou agents de la force publique de conduire et déposer dans la maison d’arrêt de Tours le nommé Lehay François prévenu de vol.
Enjoignons au gardien chef de la dite maison d’arrêt de le recevoir conformément à la loi. »

Registre d’écrou de la maison d’arrêt de Tours 1898 – page droite – Archives départementales de l’Indre-et-Loire cote 2Y289 vue 58.

La page droite de ce registre nous informe sur les jugements et condamnations de François Lehay. C’est donc le 3 décembre 1898 qu’il est jugé et condamné à la peine de 2 ans d’emprisonnement, à partir du 24 septembre. Dans les dernières colonnes du registre sont inscrites les causes du départ de François Lehay de la maison d’arrêt de Tours. Une vingtaine de jours après le jugement, il est transféré à la maison centrale de Fontevrault.
Libéré, François Lehay continue de faire parler de lui dans la presse pour des vols dans le Maine-et-Loire, la Mayenne et la Sarthe. Ces condamnations sont portées sur sa fiche matricule militaire :

Extrait de la fiche matricule militaire de François Lehay – Archives départementales de la Mayenne cote R1537.

En 1911, surnommé le « bandit de la Sarthe », il est arrêté à Saulges en Mayenne, en février. Quatre mois plus tard, aux assises du Mans, il est condamné à 8 ans de travaux forcés pour vols qualifiés à main armée. Le registre d’écrou du bagne reprend son identité ; on notera que sa cicatrice au pouce mesure 2 cm. Sa condamnation est inscrite, ainsi que les dates d’arrivée au dépôt et son départ pour Guyanne sur le bateau La Loire en décembre 1911. Un tableau récapitule toutes ses condamnations depuis la première, à 15 ans, qui l’envoie à la colonie de Mettray.

François Lehay décède le 20 novembre 1917, âgé de 37 ans. Son décès est transcrit à l’état civil de son village natal en 1918.

Sources :
https://archives.lamayenne.fr/
https://archives.touraine.fr/
http://anom.archivesnationales.culture.gouv.fr/
https://gallica.bnf.fr/
https://www.retronews.fr/

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