Dommages de guerre : le cimentier de Mayenne

L’application de la loi du 28 octobre 1946 ouvre droit à réparation intégrale pour les dommages subis pendant la Seconde Guerre mondiale. Des dossiers de natures diverses ont été déposés et instruits dans les services de dommages de guerre créés dans chaque direction départementale du ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme. Celui de la Mayenne se situait rue du Vieux-Saint-Louis à Laval. Chaque dossier était identifié par un bloc de deux lettres correspondant à la Mayenne (KS), code identique aux immatriculations de véhicule. Ce code est suivi d’un numéro puis d’un autre code pour identifier les catégories de dossier : Z pour les habitations, ICE pour les Industries et Commerces, SP pour les Services Publics, AG pour l’Agriculture, DO pour les dommages liés aux occupants. 444 dossiers de demande d’indemnisation sont consultables aux archives départementales de la Mayenne, ils représentent 54,4 mètres linéaires.

Couverture du dossier KS 3312 ICE – AD53 – 416W381

Au cours de la bataille de Normandie, la ville de Mayenne subit un bombardement allié dans la nuit du 8 au 9 juin 1944. Les habitants n’ont pas été prévenus, les tracts envoyés ne sont jamais arrivés sur la ville. Les mayennais, surpris dans leur sommeil, n’ont pas le temps de s’abriter. Cette attaque aérienne fait plus de 400 victimes et détruira une grande partie de la ville. Mayenne sera libérée deux mois plus tard.
Parmi les immeubles détruits, figure l’entreprise et l’habitation de Monsieur Novello, cimentier à Mayenne depuis une trentaine d’années. Ses biens sont situés au 38 rue de Bretagne (aujourd’hui boulevard du Général Leclerc). L’entrepreneur va déposer plusieurs dossiers de demande de dédommagement.

La rue de Bretagne le 6 août 1944 – AD53 – 20 Fi 2

Le dossier KS 3312 ICE contient une demande d’indemnisation liée à son activité professionnelle. Lors du bombardement du 9 juin 1944, les 5 tamis et le camion de la société Novello ont été endommagés par des projectiles de pierre et de granit. L’enquête faite sur place atteste la véracité des déclarations de Monsieur Novello. Les dommages étant estimés à moins de 1000 francs, il n’y a pas d’indemnisation.

  •  AD53 - 416W381


Le cimentier estime pouvoir être indemnisé pour des travaux effectués pour l’armée allemande. M. Novello présente une facture de mains d’œuvre pour la pose d’une clôture au camp de Marêtre à Oisseau. Le 12 mars 1947, un courrier lui signifie que sa demande n’est pas prise en compte conformément à la circulaire du 14 janvier 1947. Cette dernière ne prévoit pas d’indemnités pour les impayés concernant l’utilisation de main d’œuvre pour des travaux faits pour l’occupant.

12 mars 1947. Notification de refus d’indemnisation – AD53 – 416W381

Article 20 de la circulaire du 10 janvier 1947 – JO du 14 janvier 1947

Enfin, une dernière demande d’indemnisation concerne son habitation. Dans le dossier KS 3791 Z créé en 1946, un ensemble de pièce présente le bâtiment que Monsieur Novello a acheté en 1919. Un courrier du notaire Henri Boulard atteste de son achat et décrit les deux maisons du 38 et 38bis route de Laval (ou rue de Bretagne) ainsi :
« Une maison d’habitation comprenant au rez-de-chaussée un vestibule, cuisine, salle à manger au 1er étage 2 chambre et un cabinet de toilette grenier sur le tout cave dessous, […] pour une contenance de 60 mètres carrés.
Une maison d’habitation comprenant au rez de chaussée une cuisine, salle à manger, magasin et bureau, au 1
er étage : deux chambres et grenier cave dessous. […] pour une contenance de 91 mètres carrés. »
Il précise les numéros des parcelles et la section du cadastre.

29 avril 1946. Courrier de Maître Boulard – AD53 – 416W242

Monsieur Novello a joint à sa demande un plan de ses maisons réalisé par l’architecte de Laval, Léon Henri Guinebrétière.

12 septembre 1946. Plan des maisons de M. Novello réalisé par HL Guinebretière – AD53 – 416W242

Quatre ans plus tard, en avril 1950, Monsieur Novello envoie son devis accompagné d’un courrier où il explique tous les travaux faits dans ces maisons afin que son bien ne soit pas sous-estimé :
en 1920 et 1926, les planchers ont été refaits en béton armé, un savoir-faire que maîtrise le cimentier. Les cuisines et le vestibule ont été carrelés. Les planchers de l’étage et ceux des mansardes ont été faits à neuf et les plafonds ont été enduit de plâtre. Des persiennes en métal ont été posées sur toutes les fenêtres. En 1930, le toit a été recouvert d’ardoises.

22 avril 1950. Courrier de M. Novello à la délégation départementale de la Mayenne du Ministère de la reconstruction et de l’urbanisme
– AD53 – 416W242

C’est en 1957 que Monsieur Novello reçoit une notification lui annonçant qu’il va recevoir les indemnités dues au dommage subi par ses maisons.

4 avril 1957. Courrier du Ministère de la reconstruction et du logement à M. Novello – AD53 – 416W242

Après la libération de la Mayenne, de nombreux mayennais sans logis ont vécus dans des baraquements à Laval, Mayenne, Evron…, en attendant la reconstruction de logements décents.

Sources :

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