Hommage à Trois Générations de Boulangères

Héloïse, Marguerite sa fille et Albertine sa petite-fille, ces trois femmes de boulangers, seules à un moment de leur vie, ont dû gérer la fabrication et la vente du pain.

Héloïse

Héloïse épouse Jean à Paris le vingt-sept décembre 1898. La mariée exerce la profession de cuisinière dans le XVIIe arrondissement, Jean est boulanger à Pouligny-Saint-Pierre dans l’Indre. Il reconnaît être le père de la fille d’Héloïse, Marguerite, âgée de trois ans et demi. Début 1899, le couple acquiert un terrain d’environ cinq ares au lieu-dit « Bénavent », le long de la route du Blanc à Tournon. C’est là que la boulangerie est construite sans faire appel à un architecte ni à un quelconque entrepreneur. La maison d’habitation est composée de quatre pièces au rez-de-chaussée, deux pièces au premier étage et un grenier au-dessus avec une mansarde. À l’arrière sur le terrain, un hangar, une écurie et d’autres bâtiments délimitent la propriété, agrémentée d’une cour et d’un jardin. Le fournil est accolé à l’arrière de la maison. La même année naît un premier enfant, un garçon que l’on prénomme, Maurice. Jean boulange, aidé de son ouvrier et Héloïse vend le pain tout en veillant sur ses enfants.

Le six décembre 1909 à neuf heures du soir, Jean décède à son domicile. Héloïse est veuve à trente-quatre ans. Marguerite et Maurice ont quatorze et dix ans. Trois mois plus tard, le notaire passe à la boulangerie pour faire un inventaire et estimer les biens. Les enfants sont les seuls héritiers, Héloïse est usufruitière. Ce document détaille tout ce que le couple possède.
L’intérieur de la maison ne révèle aucun meuble ou objet de valeur. La cuisine est meublée de l’essentiel, tables, chaises, buffets. La présence d’une cheminée (chenets, pelle, pincettes, soufflet, crémaillère) et un potager indique que la cuisine est faite au feu de bois.

Extrait de l’inventaire après décès du 1er mars 1910 – Cote 2 E 307 01 -AD 36
Extrait de l’inventaire après décès du 1er mars 1910 – Cote 2 E 307 01 -AD 36

La boulangerie, lieu de la panification est dépourvue de matériel mécanique. Jean travaillait sa pâte dans un pétrin en bois à la force de ses bras comme 90 % de ses confrères. Seule la main permet d’apprécier la texture de la pâte. Ensuite, il couvrait son pétrin pour laisser lever la pâte. La pièce doit être à 28°c, l’hiver Jean pouvait utiliser un chauffage d’appoint pour maintenir la température. Pendant la levée, il préparait son four en introduisant des fagots qu’il poussait à l’aide d’une fourche. Il divisait sa pâte en pâtons avec un coupe-pâte puis les modelait en forme de pain rond ou long qu’il entaillait avec le même outil. Les pâtons étaient disposés sur des paillons avant de l’enfourner. Lorsque le four était chaud, le boulanger ne laissait que quelques braises pour maintenir la chaleur. Il introduisait avec sa pelle, les pains à cuire, dans la gueule du four chauffé à 250°c. Une fois cuits, les pains étaient refroidis à l’air libre pour assurer leur conservation. Jean avait souscrit, pour 39 Francs une assurance incendie qui couvrait sa maison. En effet, les fours étaient sujet à de nombreux incendies et celui de Jean était proche de la maison.
L’inventaire après décès de Jean nous apprend aussi que le couple faisait crédit à ses clients. Le couple vivait aussi à crédit, notamment pour l’achat de la farine, du bois et la fourniture de denrées chez les commerçants du village.

Marguerite

Héloïse recrute un ouvrier-boulanger pour faire face la disparition de son mari. Albert est originaire de Parthenay dans les Deux-Sèvres, il a 20 ans. Il a fait son apprentissage dans son village natal.

1911 – Recensement de Pouligny-Saint-Pierre – Cote M 4926 – AD 36

Marguerite et Albert se choisissent et en novembre 1911 naît une petite fille Albertine. Albert part faire son service militaire, Héloïse doit trouver un autre ouvrier. Le retour d’Albert à la boulangerie est de courte durée, il est mobilisé en 1914. Pendant les quatre années du conflit, Héloïse et Marguerite vont devoir gérer l’entreprise familiale, aidées par le jeune Maurice. Albert ne revient pas en bonne santé, il a été gazé, il est affaibli. Les dettes s’accumulent, en 1926 la boulangerie et tous les biens immobiliers familiaux sont vendus au minotier, principal créancier. Marguerite et Albert conservent le fonds du commerce, mais en raison de sa maladie, le boulanger ne peut plus poursuivre son travail. Il doit subir plusieurs interventions chirurgicales à Paris.

Albertine

Marguerite emploie à nouveau des ouvriers, son frère Maurice étant parti s’installer en région parisienne. Yvon, fils de boulanger, se fait embaucher et peu de temps après il épouse Albertine. D’abord, le couple s’installe dans une maison à deux pas de la boulangerie. Ensuite, ils reprennent en 1938 le fonds de la boulangerie du village voisin.
La guerre éclate, Yvon est mobilisé. Comme sa mère quelques années plus tôt, Albertine doit gérer l’absence de son mari pour maintenir la boulangerie en activité. Celle de Bénavent est vendue, Albert et Marguerite viennent vivre chez leur fille. Au matin du 19 avril 1941, Albertine se rend à la mairie pour déclarer le décès de son père.
Entre-temps, Yvon était revenu, mais il a contracté la tuberculose. Albertine emploie un ouvrier pour boulanger, son mari décède en novembre 1945.

1946 – Recensement de Saint-Savin-sur-Gartempe -Cote 8 M 3 310 19 – AD 86

La jeune femme continue son activité pendant encore quelques mois. Puis elle part à Poitiers pour y ouvrir un salon de coiffure.
Le jeune frère d’Albertine, Rolland, était mon grand-père. Il a appris le métier de boulanger auprès de son père Albert. Il savait distinguer un bon pain, bien pétri, bien levé et parfaitement cuit, un savoir-faire familial, aujourd’hui disparu.

Sources des archives départementales de l’Indre – AD 36 :
-État civil
-Recensements
-Actes notariés
https://www.archives36.fr/
Sources des archives départementales de la Vienne – AD 86 :
-État civil
-Recensements
https://archives-deux-sevres-vienne.fr/
Sources des archives départementales des Deux-Sèvres – AD 79 :
-État civil
-Recensements
https://archives-deux-sevres-vienne.fr/
Collection personnelle de Michel Berrier :
-Photos de Bénavent

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