
Catherine d’Héliand naît le 30 juillet 1844 au château de Lisle à Saint-Fraimbault-de-Prières. Elle est le troisième enfant de Pierre-Georges d’Héliand et Marie-Pauline de Quatrebarbe (Lire Les meuniers du Moulin de Lisle (4)). Ces derniers sont parents de Marie-Clothilde et Georges, âgés respectivement de quatre ans et deux ans et demi. Catherine connaîtra peu de temps son père puisqu’il décède alors qu’elle n’a que deux ans. La comtesse devient tutrice de ses enfants et gère leurs biens.

À dix-huit ans, Georges s’engage pour défendre l’État pontifical. Il est incorporé au bataillon des tirailleurs et participe à la bataille de Castelfidardo où il est mortellement blessé à la tête. Deux ans plus tard, en 1862, Marie-Clotilde décède de maladie, elle avait vingt-et-un an.
La comtesse d’Héliand et sa fille Catherine se rendent tous les ans en Italie pour se recueillir sur le lieu du décès de Georges. Elles font aussi un séjour à Rome, et vont prier au Vatican. En 1867, lors d’un de ces séjours, Catherine prend le voile ou plutôt la cornette des sœurs de Saint-Vincent-de-Paul. Elle a n’a pas vingt-trois ans.
En 1875, la comtesse et sa fille font don de leur patrimoine aux Sœurs de Saint-Vincent-de-Paul. La comtesse, seule dans son château, se retire dans les appartements de l’aile gauche. Le reste du bâtiment devient un hospice et un orphelinat gérés par une Sœur Supérieure, Julie Colombat, et deux autres sœurs. Les pensionnaires étaient huit vieillards et quatre orphelins. L’hospice prend le nom de Saint-Georges-de-Lisle en hommage au fils unique de la comtesse.

En 1879, une chapelle est construite accolée à l’aile droite du château, elle permet d’accueillir les sœurs et les résidents pendant les offices de l’aumônier Édouard Pivert. Le château devient rapidement trop petit pour accueillir tous les nécessiteux qui se présentent. L’aumônier se charge de faire construire de nouveaux bâtiments pour abriter les pensionnaires de l’hospice. Les orphelins devenus grands travaillent dans les fermes du domaine, ou sont employés aux tâches domestiques.
La comtesse d’Héliand décède en septembre 1882. Le cimetière de la communauté sera construit devant la chapelle après 1888.


Suite au décès de sa mère, Catherine d’Héliand rentre d’Italie et va gérer le domaine de Lisle, elle devient aussi la Sœur Servante de la communauté, car la Sœur Supérieure, affaiblie, meurt en 1885.
Voici l’extrait d’un bail entre Catherine d’Héliand et Octave Poirier pour le fermage d’un îlot sur la Mayenne :

« La soussignée Madame sœur Catherine d’Héliand
propriétaire, demeurante à l’hospice St Georges de
Lisle du Gast, commune de St Fraimbault de prières
Afferme à Monsieur Octave Poirier propriétaire
demeurant ville de Mayenne, qui accepte pour
une période de six années entières qui commen-
ceront le vingt trois avril Mil huit cent quatre vingt
treize et finiront a pareille époque le vingt trois
Avril Mil huit cent quatre vingt dix neuf.
Un ilot et un petit batiment construit dedans. Le
tout situé dans la rivière la Mayenne au dessus
du pont en face le presbyterre de St Fraimbault […] »
En 1900, François Lair, instituteur public du village de Saint-Fraimbault-de-Prières, rédige une monographie. Il décrit Saint-Georges-de-Lisle en ces termes :

« […] Au hameau de Lisle se trouve aussi un
vieux manoir, restauré et refait en grande partie où
logent les filles de la Charité ou Sœurs de St Vincent
de Paul. C’est là qu’elles reçoivent vieillards, jeunes
gens, enfants. La propriété est magnifique ; située
sur le bord de la Mayenne, elle possède un jardin
immense et une très belle chapelle. La commu-
nauté possède son cimetière particulier où elle enterre
ses morts. C’est une communauté privée. […] »

« […] Par contre, sur la Mayenne, se remarque un
Moulin, à trois étages, refait en entier il y a quelques
années, dont on a remplacé plusieurs paires de meules
par des cylindres, est en complète prospérité : c’est le
Moulin de Lisle. Ce moulin est dirigé par des reli–
gieuses de la Congrégation de St Vincent de Paul
aidées par de jeunes garçons élevés à la communau-
té voisine du moulin. Cette communauté reçoit
des vieillards, des jeunes gens et des enfants. Le per-
sonnel se compose d’une centaine de pensionnai-
res, surveillés et aidés par des filles de la Cha-
rité ayant pour supérieur Sœur Catherine d’Hé-
liand. Cette communauté est riche : elle possède des
fermes, des bois, un beau moulin. Les vieillards, les
jeunes gens, les enfants, les Sœurs valides travail-
lent le plus possible, et le produit de leur travail
faire retour à la communauté. […]»
Depuis quelles années, la communauté religieuse accueille des Sœurs de la Charité en convalescence. Lorsque la Grande Guerre éclate, Catherine d’Héliand ouvre son établissement aux blessés. Celle-ci ne voit pas la fin du conflit car elle décède en le 24 janvier 1917, l’aumônier Pivert l’avait précédée de trois mois.

Les Filles de la Charité continuent à accueillir les nécessiteux. L’orphelinat ferme en 1972. Aujourd’hui, Saint-Georges-de-Lisle est un EHPAD et un foyer de vie.

Sources :
Archives départementales de la Mayenne : https://archives.lamayenne.fr/
Patrimoines-L’Inventaire en région : https://gertrude.paysdelaloire.fr/
Bibliothèque nationale de France : https://gallica.bnf.fr/
Bulletin de la commission historique et archéologique de la Mayenne – 1891, page 399
