Paul Brihaye, un cousin d’Amérique (1)

1.Une enfance dans l’Avesnois

Le 1er juillet 1873, à Anor, village de l’Avesnois, Sydonie Lécoyer, sœur de Mathilde (Lien vers la généalogie Lécoyer) épouse en seconde noce Charles Brihaye. Le couple s’installe à Fourmies, petite ville du Nord, où les industries de textile font vivre toute la famille Brihaye : Charles est comptable chez un négociant en laine, son frère Aimé contre-maître de filature, un autre directeur de filature et l’aîné est aubergiste après avoir été fileur de laine. Après trois années de mariage, ils deviennent propriétaire d’une maison et d’un terrain de quatre ares aux N°24 et N°26 de la rue des Rousseaux au centre de la ville. Sydonie met au monde quatre enfants, seuls Emma et Paul atteignent l’âge adulte. Ce dernier, né 2 ans après sa sœur, le 17 octobre 1878, porte aussi les prénoms de ses deux grands-pères : Victor et Prosper.

Paul Brihaye.
Collection personnelle L.Decroix

A la Saint-Martin suivant les six ans de Paul, la famille Brihaye assiste à la messe pour célébrer les Noces d’Or des grands-parents : Prosper Brihaye et Hortense Troclet, qualifiés par le journaliste de « deux honorables vieillards de 75 et 71 ans », ensuite tous se réunissent autour d’un banquet au Grand-Hôtel de Fourmies. Les septuagénaires vivent au domicile de leur fils Charles, où Hortense décède quatre ans plus tard.

A la lecture des journaux locaux, l’enfance de Paul se déroule sans encombre. Le jeune garçon fait preuve d’honnêteté lorsqu’il rapporte les objets qu’il trouve. C’est un écolier travailleur qui obtient son certificat d’étude primaire juste avant ses douze ans. Il se montre sportif à quatorze ans en remportant une médaille de bronze à la course cycliste d’Anor. Cette presse n’a pas permis d’établir si Paul a continué ses études dans sa région natale et notamment à l’école professionnelle de Fourmies bien qu’il soit noté comme étudiant sur sa fiche matricule militaire.

L’année de ses 12 ans, le 1er mai 1891, sur la Grand-Place de Fourmies, les soldats tirent sur la foule s’avançant vers la mairie pour libérer des manifestants, neuf personnes sont tuées dont des femmes et des enfants de l’âge de Paul. Cette tragique fusillade est commentée dans le monde entier et place Fourmies au cœur de l’actualité. Cet évènement a sans nul doute marqué l’enfance de Paul  car la maison familiale se situe à quelques dizaines de mètres du lieu du drame, d’autant plus que son père Charles œuvre pour « Les Prévoyants de l’Avenir », une caisse de prévoyance, dont il est président et donne des conférences pour solliciter l’adhésion des ouvriers.

En 1894, Emma se marie avec le vétérinaire Arthur Francq et le couple s’installe à Fourmies. L’année suivante le jeune femme de dix-neuf ans met au monde une fille : Marcelle.
A dix-huit ans, Paul, du haut de son mètre 67 se présente à la mairie de Rennes, capitale de la Bretagne, le jeune homme aux yeux bleus s’engage pour trois ans dans le 7ème régiment d’artillerie en garnison dans cette ville. La présence de Paul à Rennes peut s’expliquer ainsi : Son cousin germain Louis Bryhaie, dont l’orthographe du patronyme a été modifiée à l’état civil lors de sa déclaration de naissance, est négociant à Rennes et il gagne régulièrement les adjudications pour la fourniture de l’épicerie auprès du 7ème régiment d’artillerie au camp de Coëtquidan.

Fiche Matricule Militaire de Paul Brihaye, N°1663 classe 1898-Archives départementales du Nord 1 R 2548

Paul obtient le grade de Maréchal des Logis en deux ans et lorsque son engagement se termine, il rentre avec un certificat de bonne conduite. A l’automne 1902, il accompli une première période d’exercice dans le 40ème régiment d’artillerie, ensuite Paul Brihaye est dispensé pour la deuxième période car il ne réside plus en Europe.

Entre temps, Paul est retourné vivre chez ses parents et exerce la profession de trieur de laine. Jusqu’à quatre générations cohabitent rue des Rousseaux : Paul, ses parents, son aïeul paternel et sa nièce Marcelle Francq. Plusieurs évènements familiaux successifs vont faire qu’en 1906 Charles Brihaye sera seul à vivre dans la demeure avec une gouvernante. En 1899, Emma perd son mari suite à une maladie et confie sa fille à ses parents, l’année suivante le grand-père Prosper décède au domicile familial et sa belle-fille Sydonie lui survit trois années. Paul, devenu employé de commerce, se retrouve seul avec son père car la petite Marcelle est confiée à sa tante paternelle à Jeumont.

De gauche à droite : Paul Brihaye (à genoux), Emma Brihaye, Charles Brihaye, Marcelle Francq, inconnue, Sydonie Lécoyer. 1901. Collection personnelle L. Decroix

En mai 1904, Charles et ses deux enfants prennent connaissance de la succession de leur épouse et mère : Sydonie Lécoyer. Celle-ci avait hérité de son père, Victor Lécoyer, un ensemble de biens immobiliers à Anor : celui-ci constitue l’héritage des enfants estimé à 50000 Francs, le mari bénéficie de l’usufruit de la demeure de Fourmies acquise pendant le mariage, cette maison est estimée à 10000 Francs.

Extraits du registre de déclaration de succession 1904-Archives départementales du Nord-3Q542/88

Emma a refait sa vie à Trélon avec le Docteur Moret dont elle a trois enfants, les maisons d’Anor sont vendues et Paul décide de partir… A SUIVRE

Ressources archivistiques :
Archives Départementales du Nord :
-État civil de Fourmies de 1856 à 1931 : 5 Mi 011 R 013 à 016 ; 1 Mi EC 249 R 001 à 013 ; 3E9055 ; 3E9066
-Dénombrement de 1901 et 1906, listes nominatives des habitants de Fourmies : M 473/063/06 et M 474/245
-Dénombrement de 1906, liste nominative des habitants de Trélon : M 474/599
-Dénombrement de 1906, liste nominative des habitants de Jeumont : M 474/318
-Cadastre napoléonien de Fourmies 1825-1882 : P 31/707
-Table des états signalétiques et des services militaires subdivision d’Avesnes, classe 1898 : 1R02550 -État signalétique classe 1898 volume 4 : 1R2548
-Tables des successions du bureau de Trélon de 1884 à 1919 : 3Q-541bis/ 1 à 6
-Déclaration de mutation après décès de Sydonie Lécoyer 17/05/1904 N°95 : 3Q542/88

Archives Municipales de Rennes :
-Dénombrement de 1896 et 1901, liste nominative des habitants de Rennes : 1F90 et 1F94

Archives de l’État en Belgique :
-État civil de Momignies de 1823 à 1860 : BE-A0524/67545/0_0998 ; BE-A0524/97232/0_0005 ; BE-A0524/67544/0_0166 ; BE-A0524/66858/0_0504

Bibliothèque nationale de France :
-Le Journal de Fourmies : éditions de 1876 à 1937
-L’Ouest-Eclair : éditions de Rennes de 1899 à 1909

Bibliographie, sitographie :
Alain RUSTENHOLZ, « Les grandes luttes de la France ouvrière », Les beaux jours, Baume-Les-Dames 2008, [p114-119]
http://www.histoire-image.org : site internet Histoire par l’image de la Réunion des musées nationaux et du Grand Palais, Danielle TARTAKOWSKY, « 1er mai 1891 : la fusillade de Fourmies », consulté le 20 janvier 2021.
Jean-Louis CHAPPAT, « Théophile Legrand », Tallandier, Paris 2018, [p11-30]

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